Association des Descendants de Chouans et Vendéens

Toussaint du Breil, vicomte de Pontbriand

Toussaint-Marie du Breil, Vicomte de Pontbriand, colonel d'infanterie, chevalier de Saint-Louis et de la Légion d'honneur, commandeur de l'Ordre de Saint-Ferdinand d'Espagne, troisième fils de Joseph-Victor, Comte de Pontbriand, et d'Agathe du Plessis de Grenédan, né à Dinan le 2 septembre 1776, prit part, dès le commencement de la Révolution, aux projets de soulèvement connus sous le nom de conspiration de la Rouerie; émigra à la fin de 1791, et rentra en France l'année suivante pour servir la cause royaliste. Arrêté près de Dol, le 25 décembre 1792, il fut incarcéré au château de Saint-Malo, puis à la tour de Solidor, à Saint-Servan, et condamné à mort, après huit mois de détention ; son jeune âge, toutefois, le sauva de la guillotine, mais en l'obligeant à contracter un engagement, sous un nom supposé, dans un régiment de hussards, d'où il parvint à rejoindre en Bretagne les partis insurgés, qui soutenaient la cause de la Religion et du Roi. — D'abord chargé de remplacer les frères Cottereau dans le Bas-Maine, il fut nommé chef du canton d'Argentré au mois de mai 1795, puis lieutenant-colonel le 10 mars 1796, et prit part, durant cette période, aux combats nombreux et meurtriers livrés par les divisions de Fougères et de Vitré, sous la direction supérieure du général du Boisguy. Pendant cette lutte héroïque de deux années, il montra toutes les qualités d'un brillant chef de partisans, et souvent son coup d'œil et son intrépidité décidèrent la victoire, en même temps que sa franchise et sa bonté, devenues proverbiales, lui captivaient les cœurs de ses rustiques soldats.


Il rentra dans ses foyers à la pacification de 1796; reprit les armes en 1799, lorsque la tyrannie du Directoire souleva de nouveau la Bretagne; fut nommé, le 2 octobre de cette année, colonel chef de division de l'arrondissement de Dinan, et leva dans ce pays une légion nombreuse, avec laquelle il tint la campagne jusqu'à la fin de l'insurrection ; mais, après un dernier combat, livré dans les montagnes du Menez, voyant toute la Bretagne et la Vendée soumises, il signa lui-même, le 13 février 1800, une convention honorable, qui garantissait ses soldats de toute poursuite, et assurait aux prêtres insermentés toute liberté pour l'exercice du Culte. C'est alors que le premier consul lui fit proposer de servir avec son grade de colonel dans l'armée de la République, lui offrant le choix de son régiment et le remboursement des pertes qu'il avait éprouvées pendant la guerre ; la même proposition fut faite au général du Boisguy, son beau-frère, mais la fidélité de tous les deux sut résister à ces offres séduisantes, transmises par le général, depuis maréchal Brune.
Retiré après cette époque au château de la Ville-Robert, commune de Pluduno, aujourd'hui Saint-Lormel, qu'il avait acheté en 1800, il s'occupa à réparer autour de lui les tristes suites de la guerre civile, et sa maison devint un asile ouvert à tous les malheureux. Il remplit cependant encore plusieurs missions importantes, dont il fut chargé par les généraux Georges Cadoudal et le Mercier, et fut depuis souvent persécuté pour son inviolable fidélité à la cause royale. — Lors des premières espérances de restauration, il avait tout préparé pour une insurrection nouvelle ; à la rentrée du Roi il reçut la croix de Saint-Louis, par Ordonnance du 7 septembre 1814, et fut chargé d'accompagner le général du Boisguy pour constater les droits des soldats blessés dans les armées royalistes, opération qui donna lieu, à Rennes, à de sanglants désordres, en face desquels il se signala par son énergie dans la journée du 10 janvier 1815. Les événements de mars 1815 devaient le trouver, des premiers, prêt à soutenir encore la cause de la Légitimité. Il réorganisa en peu de temps son ancienne division de Dinan ; ses fils, ses frères et toute la Noblesse du pays se rangèrent sous ses ordres. Tantôt seul, tantôt réuni au général Courson de la Villevalio, il livra divers combats heureux à la Malhoure, à Saint-Gilles, à Dahouët, où il opéra un débarquement d'armes en face d'une colonne ennemie ; chassa les Impériaux de tout le littoral des Côtes-du-Nord, et conserva ses troupes sous les armes jusqu'au 25 novembre 1815.


Quand l'occupation étrangère pesa sur la France, ce ne fut pas la moindre gloire du vicomte de Pontbriand d'en préserver son pays ; il conclut, à cet effet, le 14 septembre 1815, avec le général baron de Wrangel, une convention d'après laquelle les troupes prussiennes ne durent pas dépasser les limites des cantons occupés par l'armée royaliste. — Chargé, par Ordonnance du 10 novembre 1815, de former et de commander la légion des Côtes-du- Nord, il l'organisa en quelques semaines; beaucoup de volontaires royaux, qui avaient combattu sous ses ordres, s'empressèrent de l'y suivre, et il en fit bientôt, par l'esprit et la discipline, une des meilleures de l'armée; mais, par une disgrâce étrange, son zèle royaliste, taxé d'exagération, le fit enlever à la légion qu'il avait créée; appelé, le 29 février 1816, à commander celle du Jura, il préféra passer dans l'état-major, fut nommé d'abord colonel lieutenant du Roi aux îles d'Hyères, puis, avec la même qualité, à l'île de Ré, et rentra enfin dans ses foyers au mois de décembre 1817.


Il demanda toutefois à reprendre du service lors de la guerre de 1823, et fit partie de l'armée expéditionnaire d'Espagne; chargé par le duc de Reggio du commandement militaire de Tolède, et laissé presque seul dans cette grande cité, au moment où les passions populaires la menaçaient des derniers excès, il réussit à y maintenir l'ordre, grâce à l'ascendant de son caractère et au concours énergique de son fils Victor, alors lieutenant de dragons; à l'issue de la campagne, il reçut la croix de chevalier de la Légion d'honneur et celle de commandeur de l'Ordre de Saint-Ferdinand d'Espagne, et fut nommé gouverneur de l'île de Léon, près Cadix, poste où il demeura jusqu'à la fin de l'occupation française, au mois de juin 1828. — Il rentra alors pour toujours dans la vie privée, peu récompensé par la Royauté à laquelle il avait tout sacrifié, mais entouré, jusqu'à son dernier jour, du respect et des sympathies de tous les partis; il joignit, en effet, dans sa retraite, à la noblesse du caractère et à l'exquise courtoisie des temps passés, l'exercice de toutes les œuvres de bienfaisance, faisant de son château de la Ville-Robert la maison des malades qu'il y soignait de ses mains, et consacrant à la charité une fortune accrue par la succession d'un parent éloigné, M. de Montauban, qui lui légua, vers 1830, la terre de Beaurin, prés Senlis.


Il avait épousé, le 2 septembre 1796, Colette-Apolline-Marie Picquet du Boisguy, fille d'Alexandre-Marie-Picquet, chevalier, seigneur du Boisguy, et de Bonne-Joséphine du Boislebon. Cette noble femme avait suivi, avec sa mère, l'armée vendéenne dans la suprême campagne d'outre-Loire ; elle était petite nièce de la vertueuse comtesse de la Garaye et du célèbre comte de la Motte-Picquet, lieutenant-général des armées navales, et sœur du brave général du Boisguy, dont le nom s'est éteint avec ses deux filles, la marquise de Torcy et la comtesse de Beaunay.